Si j’arrive à passer la ligne d’arrivée je glanerai les 4 points manquants qui me permettront d’accéder au droit d’inscription de l’UTMB. (Ultra Trail du Mont Blanc 171Km et 10 000 de D+)

La Saintelyon est une des courses les plus mythiques en France car elle existe depuis 65ans, elle se court comme son nom l’indique de Saint étienne à Lyon en passant par les monts du Forez. Nous serons cette année 7 700 inscrits.

Autre particularité elle se déroule pratiquement que la nuit, (enfin surtout pour le TOP 200), car le départ est donné à 23H30.

Les conditions climatiques sont souvent très dures et le plaisir varie entre températures négatives, neige, glace et/ou pluie. Cette année ce sera sous la pluie pendant 80% du temps.

Avant de commencer à vous emmener dans ma promenade je voulais remercier ma petite femme et mes enfants qui doivent supporter cette passion que j’ai pour la course à pied. 80km c’est une préparation de 2 mois avec des coups de bien mais aussi des moments de doutes et de fatigues. En bref je ne suis pas toujours hyper décontracté.

1er déc 13h30 : Me voici arrivé à Lyon en début d’après-midi avec mes amis de route de Blablacar (2 coureurs et une artiste).

Mon gros sac déposé à la consigne, je peux aller chercher mon dossard N° 6988, j’en profite quand même pour faire une virée sur le salon du trail ou je fais connaissance avec Mr Antoine Guillon un monument de ce sport avec un CV en Ultra Trail, long comme les 2 bras. Je vais avoir la chance grâce à ma petite femme de faire un stage avec Antoine en 2019 dans l’Hérault.

Une fois terminé mon tour de lèche vitrine je me pose dans un coin de la Halle Tony Garnier et commence à patienter, dormir, patienter, manger, patienter, enfin c’est un peu long.

SAINTELYON - 1er DECEMBRE 2018 - Objectif 81 KM
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Mon objectif de cette fin d’année se nomme la SAINTELYON (81km 2 100 de D+ et 2 400 de D-).

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Vers 17h je fais connaissance avec un ami d’un collègue de travail (Jean Baptiste), qui part dans la même aventure que moi, nous resterons jusqu’au départ ensemble.  

Nous décidons de prendre assez tôt la navette à destination de Saint Etienne, lieu du départ de la course.

19h nous sommes arrivés chez les verts (pas les écolos)  et dirigés vers des hangars d’expositions situés à côté du départ, afin d’attendre patiemment l’heure du départ (il reste quand même plus de 4h).

Je vous laisse imaginer plus de 7 000 personnes entassées au milieu des sacs, des tapis de sols, des duvets, avec une odeur de nourriture mélangée au camphre. Quel brouhaha, ça ressemble à un grand poulailler. Je décide quand même de faire une sieste d’une heure avec mes écouteurs vissés sur les oreilles, car la nuit qui se profile sera blanche.

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22h : L’heure a tourné gentiment, nous levons le camp pour nous rendre au sas de départ (dépose des sacs en chemin) histoire de partir si possible dans la première vague de 1 500 coureurs.

L’heure fatidique se rapproche après 1h15 d’attente debout dans le sas de départ, la tension monte, l’ambiance aussi, nous rendons un bel hommage à Alain Souzy la personne qui a fait le tracé de la course et qui est décédé 1 an avant (moment à fortes émotions pour moi), le décompte est lancé allons-nous partir dans la 1ère vague de 1 500 coureurs ? Eh bien non à 5m prêt nous serons dans la 2nd vague. Encore 15mn d’attentes.

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11h45, lorsque le 2nd décompte se met en route, la pluie commence à tomber. Ce coup-ci c’est le bon, un check avec Jean Baptiste une accolade et rendez-vous demain matin à l’arrivée.

C’est parti, beaucoup de monde nous encourage, des cloches, des guirlandes lumineuses, des danseurs, des tambours, c’est la fête pendant 1 km où te prend pour une rock star qui traverse la foule. Ce moment reste toujours fort en émotion, tu as tendance à t’enflammer mais  j’ai maintenant 50 ans (eh oui) donc sagement je cale mon allure à 11 km à l’heure sur les 3 premiers km, une fois sortis de la ville nous rentrons dans un bois et c’est le début de l’aventure.

J’allume ma frontale et me rend compte qu’il pleut de plus en plus mais la température de 8° me convient tout à fait, les chemins sont praticables et je commence petit à petit à remonter des coureurs.

Il y a plusieurs types de coureurs sur la Saintélyon, ceux qui viennent pour marcher, ceux qui se prennent pour des sapins de noël qui ont des guirlandes accrochées sur leur sac, des couples qui limite se tiennent la main sur les chemins en courant, ceux qui donnent l’impression de partir à la plage et au contraire ceux qui partent pour l’Everest, je n’ai jamais vu cela sur les autres ultras, mais pourquoi pas je trouve ce mélange très amusant.

Après 5km, la queue de peloton de la 1ère vague se mélange à nous, sur les chemins étroits ça se complique, car comme vous pouvez le comprendre ce ne sont pas les plus rapides. En fait à doubler tu laisses des plumes au passage sans t’en rendre compte.

Les 20 premiers Km sont relativement tranquilles, j’ai de bonnes sensations en arrivant au ravitaillement de St Christo en Jarez et reste peu temps juste pour récupérer un peu de fromage et du jambon.

Aux environs du 23ème Km tout se gâte, la pluie redouble voir triple de vigueur, tu as l’impression que la batterie de ta frontale est vidée, mais non. Cette douche durera 3h. Vient s’ajouter à cela des maux de ventre (je ne vous fais pas de dessin) qui m’obligeront à faire plusieurs arrêts et laisser passer un nombre incalculable de coureurs.

A l’arrivée au ravitaillement du 32ème Km à sainte Catherine il est 3h 20 je suis 953ème, je vois tomber la pluie dans la lumière, j’ai perdu 350 places, je ne suis pas super bien physiquement et aussi mentalement, mais attention il m’en faut plus.

Comme d’habitude je chasse ses pensées négatives et repart sur les chapeaux de roues, maintenant mes maux de ventres sont passés ça devrait aller mieux.

J’en profite pour regarder ce lacet de luciole dans la nuit. C’est tout simplement beau.

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Au 38ème Km nous montons une grosse butte (la montée de rampeau 750m de long pour 180m de D+) avec un pourcentage moyen de 20%, mais je la passe sans trop de problèmes, puis la pluie commence gentiment à transpercer mes vêtements et plus j’avance vers le point culminant de la course (le signal à 900m d’altitude) il fait froid et le vent forci.

C’est à ce moment-là que je débranche le cerveau, si tu le gardes trop en éveille tu rumines, tu te dis « mais qu’est-ce que je fous là à 4h du matin sous la pluie », inconsciemment tu restes concentré sur les cailloux et racines qui sont sous tes pieds mais ton cerveau part en vadrouille « il fait beau je suis sur la plage avec ma petite famille, nous jouons avec les vagues, …). Le plus impressionnant c’est lorsque tu buttes dans une racine tu ne sais plus depuis combien de temps tu as décrochés. Si je ne faisais pas cela je n’irais pas au bout des ultras que je coure.

Autant vous dire que lorsque j’arrive au ravito du 48ème Km à 5h28 en 828ème place je suis transi de froid, la batterie de ma frontale a faiblie depuis 3km, je suis un peu rincé. J’ai fait des courses plus dures que celle-ci, mais c’est la 1ère fois que l’idée de plier les bagages me vient à l’esprit à ce point-là.

A ce ravito il n’y a pas de tente pour s’abriter, c’est un agriculteur fort sympathique qui va nous ouvrir une grange pour pouvoir se changer au sec. Il me dit « de toute façon il est plus de 5h je n’ai pas fermé l’œil de la nuit donc venez au sec » (j’adore ce genre de moment). Nous rentrons nous changer (vestiaire mixte mais tout le monde s’en moque pas mal). Pour me changer ça va être compliqué j’ai mal à l’épaule droite et mes maillots sont trempés, heureusement un coureur Belge qui se change à côté de moi et aidé par sa femme et sa mère (le chanceux) me propose un coup de main, finalement ce sera sa maman qui m’aidera et même me proposera de ramener mes habits sales à Lyon. C’est très gentil de sa part mais trop compliquée en matière de logistique pour les récupérer. Une fois mes 2 maillots secs enfilés, ma veste de rechange, chaussettes, bonnet, je mange du jambon, du fromage, des cacahuètes et je repars avec de la musique dans les oreilles (aujourd’hui ce sera Kasabian, Spoon et kaiser chiefs).

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Je ne suis qu’au 48ème Km de la course, même s’il pleut toujours je sais à ce moment-là que je vais finir car cette pose de 20mn m’a fait un bien fou. 

J’ai vraiment eu le nez creux de prendre toutes ses affaires de rechanges sans lesquelles j’aurai certainement mis le clignotant.

Le mental a fait son boulot maintenant place aux jambes.

Le parcours sera  plutôt descendant pour la suite, car il reste 600 de D+ et environ 1 500 de D-, mais les chemins sont très boueux et glissants avec la pluie incessante tombant depuis des heures.

J’arrive à 7h47 au ravito de Soucieu-en-Jarrest au 61ème Km en bonne forme, le jour s’est levé c’est bon pour le moral.

Les bénévoles sont super sympas, ils ont passés la nuit à regarder des coureurs pleins de boue, qui sentent mauvais, venir manger et partir, je suis admiratif. L’un d’eux me dira « nous sommes là depuis 19h30 mais pour nous c’est la fête » (un grand merci à eux). Je reste très peu de temps car je n’ai pas envie de cogiter et mes jambes commencent à être un peu dures.

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Alors que se passe-t-il maintenant ? J’ai tous mes points pour m’inscrire à l’UTMB (170 km 10 000 de D+) qui se déroulera fin aout, mais pour cela il faudra être tiré au sort mi-janvier.

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Petit debrief :

Je suis passé par tous les états, comme à son habitude, un super début de course, un milieu de course à plier les bagages puis une résurrection sur la fin. Il faut que je trouve une solution pour les prochaines courses.

Le souci avec la nuit c’est le manque de repère, mais dans le brouillard et/ou la pluie c’est encore plus accentué. Il faut alors redoubler de vigilance et de concentration. La fatigue s’installe alors plus rapidement d’où mes bâillements à mi-course.

Côté alimentation :

5 gels que j’ai essentiellement consommés sur les 40 derniers kilomètres

8 barres, une par heure

8 Sporténines, une par heure environ = zéro crampes

9 litres d’eau eh oui même sous la pluie et dans la fraicheur de la nuit il faut boire.

Beaucoup de jambon, fromage, cacahuètes aux ravitos

Aucune soupe, café, thé,  je ne peux pas boire de boissons chaudes sans qu’elles ne repartent dans l’élan

Maintenant la récupération

Comment se passe-t-elle après une course de plus de 80 km ?

Eh bien étant donné qu’au départ vous avez mal aux jambes vous ne courez pas, puis une semaine après une petite sortie vous direz bien, alors vous renfilez les baskets mais sur des distances courtes, puis au fur et à mesure vous réaugmentez les fréquences, les longueurs, les dénivelés et vous êtes reparti à la normale au bout de 3 semaines. Un autre moyen de remettre la machine sur patte est de faire du vélo.

Remerciements

Je tiens à dire un grand merci à l’ensemble des bénévoles qu’ils aient été sous la pluie ou abrité, ils nous ont accueillis toujours avec gentillesse et sourire. Il ne faut pas oublier que c’est aussi grâce à eux si cette course existe.

Je remercie ma femme et mes enfants, mais aussi ma famille, mes amis, mon club du Chatelet en Brie, qui m’ont encouragé avant, pendant et après la course.    

Hervé T

Il ne reste plus que 20Km en grande partie sur de la route, à ce niveau de la course tout le monde a mal aux jambes, j’en profite quand même pour doubler pas mal de coureur, je suis bien, il ne pleut plus et la température est relativement douce.

J’avale les Km, la ville de Lyon commence à pointer son nez, la seule difficulté que je rencontrerai sur ce tronçon sera la fameuse cuvette de l’aqueduc un 150m de D+ de 18% à environ 4km de l’arrivée. Grand moment pour nous tous après 77km.

Nous longeons puis traversons la Saône par le pont Raymond Barre, reste 1 km, des applaudissements, des sourires, des félicitations, des encouragements, tu prends tout ce qui vient.    

J’entends au micro le speaker scander mon nom (ce n’est pas vrai), je passe la ligne après 10h18 en faisant un petit coucou à la caméra. C’est toujours une grande émotion, j’hésite je crie, je pleure, je tombe, un petit peu tout est venue en même temps. C’est l’extase !

Ce moment est toujours particulier, un sentiment de devoir accompli envers soi-même, je ne sais pas l’expliquer. Il y a quand même plein d’autres façons de s’épanouir dans la vie que de courir pendant plus de 10h.

La playlist d'Hervé :

Kasabian

Spoon

Kaiser Chiefs