© 2019 usc-athle.fr

gallery/vision_plus
gallery/sans titre 3
gallery/les-coureurs-ont-du-affronter-la-pluie-le-vent-et-le-froid-les-blousons-a-capuche-ont-ete-bien-utiles

« Je vois la vie en Vosges »  tel était le slogan de l’infernal trail, moi à certains moments j’ai vu la vie en rouge.

Etant donné que je n’avais pas été tiré au sort pour l’UTMB (fin Août) je m’étais dit qu’un ultra dans cette période pourrait clore l’année.

Je me suis donc préparé tout l’été en conséquence en alternant du dénivelé et des sorties longues.

Un été studieux car tu ne peux pas te lever à 6h du mat en ayant picolé la veille, j’ai testé ça ne marche pas.

Je me suis inscrit fin août pour le 120km et 5700 de dénivelé positif, en ayant pas encore  la certitude que ma petite femme soit assez en forme pour gérer un week-end seule.

L'Nfernal Trail des VOSGES - 13 SEPTEMBRE 2019
gallery/photo2

La soirée est calme et studieuse, à 22h30 extinction des feux dans le coffre de ma voiture.  Ah oui pas de chambre mais un matelas dans le coffre me suffiront à bien dormir. Mes enfants avec qui je fais un « facetime » sont jaloux et aimeraient bien être à la place de papa.

Le réveil sonne à 4h15 car le départ a lieu à 6h, je suis en pleine forme et j’ai hâte d’aller gambader avec mes 399 amis du jour (et de la nuit d’ailleurs).

Un petit déjeuner dans la voiture,  une toilette succincte et me voilà dans le sas de départ.

Comme à son habitude avant le décompte je craque émotionnellement (je ne sais pas faire autrement mais je ne suis pas le seul)  la pression est tellement forte, une pensée pour mon boubou, le moment est tellement attendu que tout se mélange dans ma tête. C’est parti, c’est beau, les gens sont heureux, il y a beaucoup de sourires, nous démarrons par un tour de stade et rentrons après 500m en forêt de laquelle nous ressortirons 24h après.

J’ai décidé de partir avec le peloton de tête mon objectif de 21H30 de course est très ambitieux mais je veux voir ce que j’ai sous le capot.

Les 25 premiers km vont être très agréables avec un magnifique lever de soleil au-dessus des nuages. Ces moments-là tu voudrais les partager avec tes proches.

gallery/photo4

Nous échangeons beaucoup avec les autres coureurs, qui viennent des 4 coins de la France (Lunel, Paris, Lyon, Lille, Bordeaux) et même un belge, ça « chambre » un peu et le temps passe vite c’est top.

Je passe le 1er ravito en remplissant mes gourdes. Un sourire aux bénévoles et je file.

Puis arrivent aux environs de 9h30 les 1ers symptômes de nausées, je m’alimente de moins en moins car j’ai peur de vomir. Au fur et à mesure les jambes deviennent molles et pourtant nous sommes loin, très loin de l’arrivée.

Nous allons passer par le Haut du tôt et longer pendant  500m « les sentiers de la photo », que je vous conseille fortement de faire en famille. C’est une expo photo à ciel ouvert, mettant en valeur des clichés en pleine nature.

gallery/70118496_744085176042903_1916799348214071296_n

Pour la tête un coup de téléphone à la famille et une séance de recentrage d’objectif, pour le ventre ma miraculeuse potion magique (une purée de patate douce à l’huile d’olive et au curcuma), un peu de pâtes et du gruyère.

3/4h plus tard, c’est reparti, je suis plutôt bien et je grimpe la piste noire sans trop de difficulté. Le plaisir est revenu, j’ai de la bonne musique dans les oreilles (Royal blood pour l’occasion) les vues sont magnifique, la forêt est belle en cette fin d’après-midi. Je commence à rattraper des coureurs fatigués, blessés ou ayant des coups de mou. Je vais aider sur 10km un jeune coureur qui voulait abandonner et qu’y finalement terminera 1h après moi. J’aime bien ce type de partage et de remotivation qui sont l’essence même du trail.

J’arrive au ravito du 71ème km le Préchoffé à 18h23 en 116ème position, plutôt frais physiquement et psychologiquement, j’y reste peu de temps juste pour saluer les bénévoles et les remercier  d’être là.

En repartant du ravito je suis encore bien et je sais que je vais finir, je rappelle ma petite famille qui est avec des amis pour les rassurer que tout va mieux, c’est à ce moment que je me rends compte que j’ai oublié mes bâtons au ravito, je fais demi-tour soit 1km et repars dans le bon sens. Je suis dégouté pour la tête c’est dur, mais bon comme dit l’expression « quand tu n’as pas de tête tu as des jambes ».

Maintenant la nuit tombe, le prochain ravito est 85ème km.

Je vais courir avec une fille qui a à peu près la même allure que moi, une fois elle passe devant puis c’est à mon tour, nous avançons bon train. Elle parle très peu, moi aussi car nous devons échanger en anglais. Ceux connaissant mon niveau d’anglais vont bien se marrer en lisant ce compte-rendu. Nous allons mettre 2h45 pour arriver au Reherrey, moi pas mal cramé, elle plutôt en forme.

Ce ravito est vraiment original car il se situe dans le sous-sol d’une  petite maison, l’ambiance est chaleureuse, tu sens que les bénévoles n’ont pas tourné qu’à l’eau claire, mais on se marre bien. Au bout de 10mn la coureuse me demande si je repars, mais pour moi c’est encore trop tôt, elle me salue et continue sa route. Elle terminera en 21h30 et sera 2nd féminine, elle est malgache, mais pourquoi me parlait elle en anglais ? Les malgaches apprenant le français à l’école.

Je vais repartir avec un groupe mais le rythme  ne va  pas convenir, les nausées sont de retour.

Un long calvaire se profile à l’horizon pour le reste de la nuit, mais je m’en moque, je vais piocher à nouveau dans mon mental, je m’applique sur mes respirations.

J’ai fait 5km de plus mais maintenant je m’endors en courant, oui c’est possible lorsque vous atteignez un certain niveau de fatigue. Résiste Hervé, contrôle-toi !! Je mets de la musique entraînante dans les oreilles, je mange une barre, m’asperge d’eau. Je vais me traîner  jusqu’à la base de vie en jouant à tous ces petits jeux.

J’arrive à 1h du matin à la base de vie de « La tronche », très fatigué, c’est là que je retrouve le petit jeune que j’ai poussé tout à l’heure, il m’a doublé nous nous sommes même pas reconnus. Il n’est pas dans un meilleur état que moi. Je mange un plat de pâte au gruyère, chouette ça passe. Je me dirige après 15mn vers la sortie pour repartir et là un médecin bénévole me bloque le passage et insiste très fortement pour que j’aille faire une micro sieste et me dit « je n’ai pas le droit de vous laisser partir comme cela » après m’avoir ébloui avec une lampe dans les yeux.

Je décide de l’écouter, un bénévole me montre un lit libre. J’ai juste le temps de retirer mon sac que je dors déjà. 10mn après une voix me réveille « monsieur c’est l’heure de repartir ». Je saute de mon lit, me remets un peu en ordre et me dirige vers la sortie, le même médecin me regarde et dit « là vous pouvez y aller », en même temps il me présente à un coureur qui se prépare à partir et nous dit « si vous faisiez la course ensemble ».

Quelle super idée il a eu ! Je tombe sur un coureur super sympa avec lequel nous allons passer le reste de la nuit. Il s’appelle Jérôme et vie en Haute Saône. Il va connaître pas mal de chose de ma vie et vice et versa. Super rencontre !!     

Il nous reste 27km dont un ravito dans 11km, nous y allons tranquillement, tantôt il prend les devants tantôt c’est moi. Bon ça sera souvent Jérôme devant. Lui aussi est fatigué et nous prenons malgré tout du plaisir, nous savons que nous allons être finisher et peu importe à quelle heure.

Après le dernier ravito il y a très peu de dénivelé, les chemins sont propres. A 5km de l’arrivée nous entendons la sono, mais nous avions été prévenus que ce n’était pas fini, moi ça fait 20km que je n’ai plus de montre alors je me pose pas de question.

Ca y est nous sortons de la forêt la boucle est bouclée, enfin des êtres humains, nous sommes heureux, nous passons la ligne avec une accolade, nous partageons nos émotions, c’est vraiment chouette.

C’est fait je suis FINISHER de l’infernal trail des Vosges 125km finalement en 24h22 (3h de plus que prévu mais je m’en fiche) je suis 130ème et 15ème V2.

Le sentier des photos au Haut du tôt

Finalement vendredi 13 septembre je prends la route en direction de Saint Nabord pour récupérer mon dossard et partager une pasta party.

J’arrive au 2nd ravito du 38ème km très entamé je suis encore 100ème au classement.

Une bénévole me fait comprendre que je suis pâle et que j’ai une sale tête. Elle me tend une chaise et va me chercher à manger et à boire. Je grignote c’est impératif et surtout fait redescendre mon cardio. Je ne comprends rien sur le coup, mais avec le recul c’est beaucoup plus clair.

J’ai fait 38km en 5h40 avec 2000 de D+, « ne cherche pas tu as fait l’andouille » (mais c’est assumé)    

Après une pause de 10mn, tout est revenu en ordre, je lève le camp, certes je perds des places mais je m’en fiche pas mal.

Pour accéder au prochain ravitaillement qui est une base de vie, nous devons parcourir 20km (1 200 de D+), ils seront tendus car j’arrive difficilement à m’alimenter , mais j’y accèderai en 4h.

200m avant d’arriver à la base de vie nous apercevons ce qui nous attend après le ravitaillement (une piste noire). J’arrive à l’Ermitage, une base de vie où je fais une pause de 3/4h. Je suis déjà pas mal entamé il faut donc remettre de l’ordre, d’une part dans mon organisme et d’autre part dans ma tête.

Le sentier des photos au Haut du tôt

gallery/titre
gallery/titre2
gallery/70229449_742771479507606_8351064432440246272_n
gallery/69932156_742771519507602_382409113348341760_n
gallery/photo5
gallery/photo6
gallery/70503796_744085166042904_2159375849801908224_n
gallery/photo8

Je vais maintenant pouvoir me laver et aller me coucher. Même dans le coffre je vais dormir comme un bébé.

Encore une fois ce fut très dur, mais cette fois c’était certainement dû à un départ un peu rapide, une chaleur élevée toute la journée qui m’a déclenché des nausées qui m’ont empêché de bien m‘alimenter.

Si j’avais à la refaire je partirais moins vite, je ne boirais pas la même chose sur le début de course, je lèverais le pied entre le 60ème et le 90ème lorsque j’ai retrouvé la forme afin de garder plus de jus pour la fin.

Courir dans les Vosges est très compliqué car c’est une répétition de buttes à monter et descendre souvent dans des inclinaisons à fort pourcentage, contrairement aux massifs des Alpes ou à l’Auvergne qui sont des blocs de dénivelé plus conséquents mais moins pentus donc moins cassants pour les jambes. Après 3500 de D+, je commençais à sentir des douleurs musculaires alors que j’ai terminé l’UTPMA (5 200 de D+) 2 mois avant avec peu de douleurs.

Les bénévoles ont tous été adorables et très attentionnés, je peux vous dire que lorsque vous prenez le départ de ce type de course sans être accompagné, le rôle des bénévoles est encore plus apprécié. Ils ont été à l’écoute et ont bien fait le job, je ne vous parle même pas du médecin à la seconde base de vie qui m’a évité de faire une bêtise. Personnellement je les utilise comme des leviers d’énergie positive.

Je ne referai pas cette course car j’ai envie d’en découvrir d’autres mais je la recommande vivement.

Côté alimentation, je vais le répéter la purée de patate douce m’a sauvé la course, quant aux barres salés décathlon c’est le seul aliment que j’ai pu manger tout le long du parcours.

Pour finir je remercie l’organisation pour ce très bel évènement, les bénévoles,  mes amis, ma famille et mes collègues du team orange qui n’ont pas arrêté de m’encourager pendant toute la course.

Un grand merci à mon boubou qui m’a laissé partir sur cette course alors qu’elle n’était pas dans une forme éblouissante mais aussi pour le temps qu’elle me laisse prendre en préparation (en 2 mois ½ 40h de course à pied pour 11 000 de D+ et 450km).

Prochaine grande étape le tirage au sort pour l’UTMB en janvier 2020